Violences numériques contre les mineurs : le cri d’alarme du 3018

Un rapport accablant sur l’inaction des plateformes et l’explosion des risques en ligne
En 2025, 124 500 sollicitations ont été enregistrées par le 3018, le numéro national dédié à la protection des mineurs en ligne. Une victime sur quatre a moins de 11 ans, et 25 % des signalements concernent des violences à caractère sexuel (pédocriminalité, grooming, sextorsion). Pire : un cas sur dix implique la diffusion non consentie d’images intimes, avec des conséquences dramatiques sur la santé mentale des jeunes. Le 3018 traite désormais une crise suicidaire tous les trois jours, soit une hausse de 3 000 % en 10 ans.

🔍 TikTok, terrain de prédation

Avec plus de 1 000 signalements, TikTok concentre 3 fois plus de cas qu’Instagram et 4 fois plus que Snapchat. Les prédateurs y prennent contact avec les mineurs sur des espaces publics avant de les rediriger vers des messageries privées moins régulées (WhatsApp, Discord, etc.), où se poursuivent grooming et sextorsion. Plus de la moitié des cas de prédation sexuelle suivent ce schéma.

⚠️ Des plateformes en échec

Malgré les signalements, plus d’un contenu sur deux reste en ligne sur Snapchat, YouTube ou Facebook. Sur X (ex-Twitter), près de 75 % des contenus illicites ne sont pas retirés, sans explication. Une opacité qui prolonge les violences subies par les enfants.

🤖 L’IA, nouveau complice des violences

25 % des cas de sextorsion impliquent désormais des outils d’intelligence artificielle : deepfakes, logiciels de « déshabillage » virtuel, ou agents conversationnels détournés pour manipuler les mineurs. L’inaction des plateformes et l’essor de l’IA aggravent la situation, alerte Véronique Béchu, directrice de l’Observatoire e-Enfance.

🌍 Un modèle européen à suivre

Reconnue comme signaleur de confiance par l’Arcom (2024) et la Commission européenne, l’association e-Enfance/3018 voit son application mobile 5 fois plus utilisée en 2025 qu’en 2024. Son expertise inspire désormais un déploiement similaire dans tous les États membres de l’UE à partir de septembre 2026.

💡 Que faire ?

  • Signaler : Utilisez le 3018 (appel, tchat ou application) pour alerter sur des contenus ou comportements dangereux.
  • Éduquer : Sensibilisez les enfants, parents et professionnels aux risques numériques.
  • Exiger : Les plateformes doivent retirer rapidement les contenus illicites et expliquer leurs décisions.

📌 Pour aller plus loin

📵 Interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans : et après ?

Mardi 21 juillet, les députés et sénateurs ont adopté l’interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans. Pourtant, la majorité numérique (15 ans en France) interdisait déjà, en théorie, la création de comptes sur ces plateformes. Ces dernières ciblent pourtant ouvertement les adolescents et pré-adolescents.

Alors, comment encadrer cette mesure ?
Comment mener une prévention efficace ?
Interdire n’est pas la solution : il faut responsabiliser les jeunes, éduquer les familles et accompagner les plateformes.

6 novembre – journée nationale de lutte contre le harcèlement

Une étude récente de la Caisse d’Épargne et de l’Association e-Enfance/3018 révèle que 37 % des jeunes de 6 à 18 ans sont victimes de harcèlement ou de cyberharcèlement. Un chiffre alarmant qui appelle à une mobilisation collective.

Le harcèlement, un fléau dès la maternelle

L’étude montre que 35 % des enfants en primaire sont concernés, avec des conséquences graves : perte de confiance, angoisses, voire pensées suicidaires (25 % des victimes). 71 % des cas ont lieu à l’école, souvent pour des motifs comme la jalousie ou les différences physiques.

Le numérique, amplificateur de souffrance

Avec 65 % des enfants de primaire sur les réseaux sociaux (malgré l’interdiction avant 13 ans), le cyberharcèlement touche 18 % des 6-18 ans, notamment via WhatsApp (41 % des cas). Les filles sont particulièrement vulnérables : 39 % d’entre elles ont déjà envisagé de se faire du mal.

Agir ensemble : parents, enseignants, élèves

  • Sensibiliser : Expliquer aux enfants les dangers du numérique et les encourager à parler.
  • Former les témoins : 28 % des élèves assistent à des situations de harcèlement. Les outiller pour réagir est crucial.
  • Utiliser les ressources existantes : Le 3018, numéro d’urgence contre le cyberharcèlement, reste méconnu de 7 jeunes sur 10.
  • Accompagner psychologiquement : 72 % des parents souhaitent un soutien psychologique intégré à l’assurance scolaire.

Des solutions concrètes

  • À l’école : Ateliers de prévention, signalement systématique des cas.
  • À la maison : Dialoguer avec son enfant, surveiller son usage des écrans.
  • Sur les réseaux : Exiger une modération renforcée et une interdiction pour les moins de 15 ans (soutenue par 75 % des parents).

Ressources utiles

« La souffrance des jeunes victimes ne peut plus être ignorée. Agissons ensemble pour les protéger. » — Justine Atlan, directrice générale de l’Association e-Enfance/3018.